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Pascal Silvestre

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Courir pour Matthieu…

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Matthieu
Comment gérer émotionnellement un drame aussi violent que les Attentats du 13 novembre – surtout lorsque l’on a perdu un proche ? Courir peut-il apaiser et consoler (au moins un peu) ? Témoignage.

 

Je venais d’avoir la confirmation de la mort de Matthieu, assassiné comme tant d’autres au Bataclan.

Jamais je crois je n’avais couru à 5h du matin, pas à Paris en tout cas, sur les berges de la Seine, un dimanche matin de novembre, c’est étrange la manière dont le corps réagit ou plus exactement impose sa logique, dicte sa loi. Je venais d’avoir la confirmation de la mort de Matthieu, assassiné comme tant d’autres au Bataclan. Nous, sa famille, avions espéré toute la journée de samedi et puis les heures avaient passé, l’inquiétude s’était muée en abattement et en chagrin. Nous savions que Matthieu ne reviendrait pas.

Je suis sorti. En nage déjà. J’avais bu deux grandes tasses de thé vert en écrivant un mail à mes amis les plus proches, pour qu’ils sachent, certains connaissaient Matthieu, d’autres pas, je leur avais envoyé quelques lignes, je leur disais mon dernier souvenir de Matthieu, une balade dans les rues de Bourg-Saint-Maurice, il allait s’acheter un maillot de bain, nous avions parlé de nos vies, il était curieux, il savait écouter, c’est rare les gens qui savent écouter.

Matthieu Giroud, assassiné le 13 novembre 2015 au Bataclan.

Matthieu Giroud, assassiné le 13 novembre 2015 au Bataclan.

 

Je trottinais en permanence, c’était ma manière de me contraindre à l’action.

Paris était éteint, sans doute en est-il de même tous les dimanches matins avant l’aube, je courais en direction de l’Ouest et de la tour Eiffel, aussi lentement que je pouvais, j’avais mal partout, les vieilles douleurs remontaient, je pensais à Matthieu et à son petit Gary, à ma très chère Aurélie, enceinte de leur deuxième enfant. Je ne vis personne. Du pont Royal au pont d’Iéna, pas la moindre silhouette, j’étais seul le long du fleuve, seul face à la tour Eiffel, la tour Eiffel rien que pour moi, sombre, comme presque morte.

Personne ne peut dire avec certitude la manière dont il réagira face à la tragédie. Courir peut-il aider ? C’est la question que je me suis posé les yeux levés vers le ciel de Paris, connaissant pertinemment la réponse, oui, courir aide, soulage, réconforte, anesthésie aussi, la familiarité du geste redonne un peu d’assurance, de confiance, le corps se laisse envelopper, il gémit autrement, il souffre moins. Lors des jours qui suivirent l’annonce de la mort de Matthieu, j’ai beaucoup couru, de petits bouts de footing, parfois même pas un kilomètre, je trottinais en permanence, c’était ma manière de me contraindre à l’action, de ne pas céder à la peur, chaque jour ou presque j’ai couru jusqu’au Bataclan, toutes ces bougies et ces fleurs mon dieu…

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J’ai poussé la porte d’entrée, le commis boulanger m’a murmuré que c’était fermé.

Ce matin-là, le premier matin, alors que j’approchai de la maison, j’ai préféré finir en marchant. J’avais prévu d’appeler mes parents, de leur annoncer la terrible nouvelle, mon père serait sans doute éveillé, pourvu que ce soit lui qui décroche le téléphone, me suis-je dit. J’ai descendu la rue du Bac et l’odeur, comme je l’espérais, était là, vous savez cette odeur des boulangeries au tout petit matin, cette odeur qui dit la France de Trenet, la douce France que nous aimons tant.

Le rideau était baissé mais j’ai poussé la porte d’entrée, le commis boulanger m’a murmuré que c’était fermé, il m’a regardé et a vu mon émotion, mes yeux pleins de larmes, il m’a demandé ce que je voulais, je lui ai dit un croissant au beurre, il a pris le croissant tout chaud et me la donné, de la main à la main, il n’a pas voulu que je le paie, je l’ai remercié et je suis sorti. J’ai mangé le croissant debout, immobile devant la boulangerie, il faisait nuit noire encore, jamais, je crois, je ne me suis senti à ce point français.

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Communauté

Commentaires

  1. POULAIN Diététicienne Nutritio dit

    23 novembre 2015 à 9 h 34 min

    Les ciels gris anthracite laissent découvrir des émotions bleues grâce à tes lettres. A bientôt, Pascal. Dominique

    Répondre
  2. sophiell dit

    23 novembre 2015 à 10 h 05 min

    Je ne suis pas parisienne, je cours juste et surtout je suis française. Malgré la distance des évenements, je n’ai jamais été autant émue et triste pour toutes ces pertes injustes, je suis tellement désolé pour vous, votre famille, sa famille. Je suis de tout coeur avec vous et avec tous les français partis violemment et sans la moindre pitié.

    Répondre
  3. Xav'GaBo dit

    23 novembre 2015 à 10 h 30 min

    Tous ces décès pour un idéal qui n’en est pas un… samedi, pour mon premier semi, j’ai eu nombres de pensées pour ces personnes tuées, pour Matthieu et tous les autres… eux aussi auraient voulu profiter de cette journée pour courir et ce sentir vivant…

    Répondre
  4. Isabelle dit

    23 novembre 2015 à 23 h 15 min

    Je sais que les témoignages de sympathie ne soulageront pas votre peine, mais sachez que nos pensées vont à vous et votre famille. Écrire, parler, pleurer, sentir, regarder, aimer, crier, marcher, toucher, sourire, embrasser, pleurer encore, admirer, écouter, enlacer, se souvenir… je n’invente rien, ce sont les mots de la vie. Oui vivre pour vous, pour vos proches, pour Mathieu.
    Bon courage à vous.

    Répondre

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